19 février 2008. Boulot oblige, ton papa est parti en Allemagne pour la journée. Le terme est prévu pour le 23, il ne faudrait pas que tu arrives en son absence. J’essaie de bouger le moins possible mais il faut quand même aller conduire et rechercher tes frères à l’école, faire les courses, se rendre chez la kiné avec Luca,...

Heureusement, tout a l’air calme de ton côté. Depuis cette fausse alerte, il y a deux nuits, tu sembles avoir changé d’avis. Tout compte fait, on n’y est pas si mal dans cette bulle aquatique. Les précédents locataires avaient d’ailleurs eu beaucoup de mal à la quitter*. 

Pourtant, quand il rentre ce soir à la maison, il en est certain : « C’est pour cette nuit, je le sens. »

Un dernier petit coup d’huile sur le parquet de ta chambre tout juste terminée et il s’équipe pour son jogging du mardi. Il est un peu plus de 21h. « Je prends mon GSM et au cas où, tu n’auras qu’à me rejoindre en voiture ». Je doute fort de pouvoir conduire « au cas où » comme il dit et encore moins de pouvoir le localiser facilement. Mais je ne dis rien, je ne ressens absolument pas l’imminence de notre rencontre.

Fatiguée, je vais me coucher le sourire aux lèvres... Ton papa aura-t-il raison ? La réponse ne se fait pas attendre. Je sens (ou j’entends ?) une sorte de claquement : la poche des eaux vient de se rompre. Il est 22h20.

Je veux le prévenir. Zut, le répondeur. Heureusement, j’arrive à contacter papy de Lonzée qui vient garder les « grands ». 

Le temps de me rafraîchir, ton papa est enfin joignable.
- Moi : « Ca y est ! »
- Lui : « Ca y est quoi ? »
- Moi : « J’ai perdu les eaux... »
- Lui : « Je suis à 2 minutes. »

Je l’attends. Je tremble comme une feuille. C’est incontrôlable. L’émotion sans doute.

Les contractions ont commencé. J'ai l'impression que c'est urgent et l’hôpital est à plus d’une demi-heure.

Ton papa rentre enfin et me lance joyeusement : « Je l’avais dit ! J’avais senti que c’était pour ce soir ! Cool ! Je file prendre ma douche et on y va ! »

Il est 22h45 quand on démarre en laissant les clefs dans la boîte-aux-lettres. Papy ne devrait plus tarder. Un coup de fil en chemin pour s’en assurer nous le confirme. « JULIEN m’a attendu ! » lâche alors ton papa. Sans s’en rendre compte, il vient d’annoncer ton prénom, jusqu’ici resté confidentiel.

Mon ventre se durcit régulièrement mais je suis calme, sereine. Je me sens bien. Il fait nuit et les rues sont désertes. J’ai l’impression surréaliste de voler vers notre rendez-vous.

On trouve facilement une place de parking à côté de l’hôpital, ensuite direction « quartier d’accouchement » au 3ème étage. On sonne... Pas de réponse... On insiste... Est-on au bon endroit ? Au bout d’une dizaine de minutes, une femme corpulente d’origine africaine fait enfin irruption dans le couloir. « Suivez-moi. » nous dit-elle dans un large sourire.

Elle m’installe dans une chambre de travail et envoie ton papa remplir les formalités d’inscription.

Joséphine - c’est comme ça que la stagiaire l’a appelée – m'examine. Elle annonce « 3 cm ». Elle me demande si je souhaite la péridurale. Au souvenir de mes deux premiers accouchements, je réponds « Oui » sans hésiter. « Je vais prévenir l’anesthésiste. Comme c’est un 3ème bébé, il vaut mieux la faire rapidement. On ne sait jamais. » me dit-elle alors.

20 février 2008. Vers 1 heure du matin, l’anesthésiste est prêt. Assise en tailleur pour faciliter l’opération, il est important que je reste immobile entre deux contractions. Je n’aime pas cette position, je me fais l’effet d’une baleine. 

« Voilà, vous en avez pour 2 à 3 heures de tranquillité ensuite, dès que vous sentez à nouveau la douleur, vous appuyez sur le bouton.»

Le col est à 4 cm.

Une longue nuit nous attend certainement. On s’installe. A ma demande, ton papa met le CD de Raphaël et s’assoupi assis sur une chaise à côté de mon lit. Je n’arrive pas à faire de même. L’adrénaline.

Et puis subitement, l’envie de pousser. Déjà ? Ce n’est pas possible ! Un coup d’œil à ma montre : à peine une heure s’est écoulée depuis la pose de la péridurale ! Pas de doute, tu es là, je sens la pression de ta petite tête.

J’appelle la sage femme : « Vous êtes à 9 cm ! C’est pour maintenant. Je vais prévenir votre gynécologue.»

Ton papa, lui aussi surpris par l’enchaînement des évènements, est bien réveillé maintenant.

Je me remets à trembler. Je claque des dents tandis que tu te fraies un passage vers notre monde. C’est la dernière ligne droite. Je sais que je vais bientôt pouvoir te tenir dans mes bras !

Après vérification, la gynécologue déclare : « Il descend tout seul ce bébé ! » Elle demande mon transfert en salle d’accouchement.

Les dernières poussées sont relativement douloureuses mais la péridurale aidant, je suis pleinement consciente de tout ce qui se passe.

La gynécologue a éloigné la lampe scialytique. J’apprécie son souci de ne pas t’aveugler lorsque tes yeux s’ouvriront pour la première fois à l’air libre. Elle demande à ton papa de se laver les mains. « Aidez-moi à sortir bébé » lui dit-elle.

« Madame, vous pouvez le prendre ». Mes mains sous tes aisselles, je n’ai plus qu’à te glisser sur mon ventre. Le temps est suspendu... comme les aiguilles de l’horloge sensée indiquer l’heure exacte de ta venue au monde.

Ton papa coupe le cordon, il est 2h44 à sa montre. Bienvenue Julien !

La douleur a maintenant totalement disparu et je savoure ce moment prolongé de peau à peau. Ton petit corps sur le mien, petite boule humide et douce, la chaleur de ta tête dans mon cou...  Ma bouche caresse le duvet soyeux de tes cheveux mouillés. Un bonheur intense m’envahi et me noue le ventre.

Je regarde ton papa. Je lis dans ses yeux que l’émotion est partagée.  « IL est beau... », lui dis-je. Il acquiesce, lui aussi te trouve magnifique. Avec tes cheveux auxquels le vernix donne un aspect foncé et ondulé, tu es différent de nos deux premiers blondinets.

Au bout d’environ une demi-heure, toujours collé à moi, ta bouche commence à chercher mon sein. Mais il vaut mieux t’aspirer au préalable et Joséphine, suivie de ton papa, t’emmène dans la petite pièce jouxtant la salle d’accouchement. Tu me manques déjà...

Quand tu reviens, tu portes la petite tenue que j’avais soigneusement préparée il y a déjà quelques semaines. C’est ton papa qui t’a habillé.

Il est maintenant temps de regagner notre chambre, temps de se retrouver à trois. Cette fois, lové dans mes bras, tu peux téter sans crainte d’être interrompu... Ce que tu feras d’ailleurs pratiquement le reste de la nuit.

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* Simon et Luca sont tous les DEUX nés 1 semaine après terme.